Terra Iridis : à propos des outils de sécurité émotionnelle
Parmi les objectifs de Terra Iridis figure la promotion du jeu de rôle dans un environnement sûr et accessible. Pour faciliter cela, il existe ce que la communauté rôliste appelle les “outils de sécurité émotionnelle” : des moyens qui permettent de vivre des histoires très diverses, parfois complexes, souvent avec de l’adversité, et que l’on ne connaît pas à l’avance… sans subir de malaise ou de choc émotionnel non désiré. Nous invitons les personnes souhaitant animer des parties lors de notre convention à appliquer les recommandations présentées dans cet article.
En effet, en convention, où on ne peut pas connaître toutes les sensibilités des personnes qui viennent jouer, ces dispositifs permettent de prendre soin des autres, préventivement ou dans l’urgence. Ainsi, on peut passer de meilleures parties et jouer à fond sans risquer de faire du mal aux vraies personnes derrière les personnages… ou les écrans de MJ !
Ce que l’équipe de Terra Iridis met à disposition et exige
Sur l’outil d’inscription des parties, les personnes souhaitant animer une partie doivent :
- indiquer les critères permettant aux personnes souhaitant jouer de savoir si la partie est adaptée. Cela concerne en particulier les catégories d’âge/maturité (librement inspirées des catégories PEGI du jeu vidéo, et des retours pratiques au fil des éditions), ainsi que les potentiels contenus et thématiques sensibles (basé sur la feuille de route de sécurité émotionnelle du Scénarurgien, avec son aimable autorisation), qui devront impérativement être mentionnés. Ces derniers tournent principalement autour de discriminations, violences et intimité. Si d’autres critères non disponibles dans la liste préremplie sont pertinents (phobies) il faut les renseigner dans l’espace dédié à la description libre du scénario.
- s’engager à mettre en place et utiliser un outil de sécurité émotionnelle à leur table de jeu.
Lors des parties :
- Terra Iridis fournit une carte X à mettre en place comme outil obligatoire et minimum à disposition des personnes jouant.
- tout outil supplémentaire est le bienvenu et nous vous invitons à vous renseigner en amont et proposer d’autres outils de sécurité émotionnelle si vous le souhaitez.
- les outils de sécurité émotionnelle mis en place devront être présentés aux joueur.euses avant chaque partie.
La carte X de John Stavropoulos
Un exemple d’outil de sécurité émotionnelle facile à mettre en place est la Carte X de John Stavropoulos. C’est un outil non verbal qui permet à toute personne de signaler une situation problématique sans avoir à s’expliquer. Elle s’utilise en la laissant à portée de tout le monde, et si elle est touchée ou pointée on fait une pause immédiatement car cela signifie un problème qui pourrait rapidement empirer. On s’attèle ensuite, sans mettre de pression sur la personne qui l’a utilisée, à prendre en compte son besoin (par exemple faire durer la pause, se retirer du jeu, chercher de l’aide, etc), puis passer à la suite de l’histoire en évitant de répéter l’élément problématique. Des exemplaires en sont fournis pour chaque table, et c’est actuellement le minimum requis pour animer une partie.
Propositions d’autres outils complémentaires faciles à mettre en place
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Lignes & voiles :cet outil consiste en une liste de thèmes rédigée en commun par les personnes participant à la partie, permettant de définir les sujets à éviter totalement (lignes) ou partiellement (voiles). Par exemple, une personne avec une phobie pourrait définir qu’il ne peut pas du tout en être fait mention (ligne), ou bien que ce sujet peut exister dans le monde du jeu mais sans qu’il soit un élément principal ou détaillé (voile). Les lignes ont priorité sur les voiles : si un sujet est avancé à la fois comme ligne et comme voile, il convient d’en faire une ligne qui, de fait, préserve aussi la personne qui aurait choisi le voile. Ces mises en commun peuvent se faire oralement si le temps presse et que l’histoire prévue n’a que peu de chances d’aborder des thèmes difficiles, mais il est préférable d’utiliser l’écrit de façon anonyme, via des petits papiers ou un fichier texte que chacun·e remplit.
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Signalisation, et/ou feux tricolores : de façon plus réactive que les lignes et les voiles, cet outil permet aussi de définir avant la partie des thèmes positifs, que l’on souhaite voir dans l’histoire, et se donner les moyens de les redéfinir à tout moment. On parle alors de thème rouge (ligne), orange (voile), et vert (positif) par analogie aux feux de signalisation. Des principes de communication gestuelle pendant la partie permettent de continuer à y faire appel, par exemple pouce en l’air pour vert (ça me plaît, j’en veux plus, on peut y aller à fond), à l’horizontal pour orange (ça m’intrigue mais allons-y doucement, ralentissons un peu ou n’allons pas dans le détail), et vers le bas pour rouge (équivalent de carte X / dépassement d’une Ligne). On peut y ajouter un signe de vérification, par exemple “ok” avec le pouce touchant le bout de l’index, pour demander à une autre personne de signaler avec son pouce comment elle se sent (par exemple pendant ou après un moment où elle joue son personnage avec des émotions négatives, pour vérifier si ceux-ci n’affectent que la fiction).
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La “porte ouverte” : il s’agit d’une permission explicite de prendre soin de soi pendant la partie, qui part de l’idée que le bien-être est plus important que le jeu de rôle. Nous encourageons les personnes animant une partie à le verbaliser explicitement, surtout avec les novices qui découvrent le loisir et peuvent en avoir une image sacralisée, ou influencée par des vidéos réalisées par des professionnel·les où l’on ne voit que la performance sérieuse et continue dans l’histoire. Les joueurs et joueuses doivent pouvoir s’hydrater, se lever, bouger, s’aérer, voire quitter la partie si le besoin se fait ressentir. Il vaut mieux, aussi, quitter une partie qu’y rester si ce n’est pas un bon moment pour soi. Dans ce cas, prévenir qu’on ne reviendra pas est plus cordial pour que le groupe n’attende pas. De la part des autres personnes il faut accepter qu’il puisse y avoir tout un tas de raisons tout à fait personnelles et privées qui appartiennent à la personne qui a dû partir.
Pour aller plus loin
Nous vous proposons d’explorer la boite à outils de la sécurité émotionnelle proposée par iphizelys. Le site PTGPTB (Places To Go, People To Be) propose aussi des ressources sur les principes et techniques de sécurité émotionnelle ainsi qu'un répertoire des outils de sécurité émotionnelle.
Pour finir, rappelons que ces ressources s’adressent à toutes celles et ceux qui souhaitent pratiquer le jeu de rôle dans tout cadre : en club, en famille, entre amis, sur internet. Donc même si cet article est initialement prévu pour les personnes souhaitant jouer et animer à Terra Iridis, n’hésitez pas à en parler autour de vous et à réutiliser ces ressources dans toutes vos parties.